RORSCHACH, T.A.T, C.A.T… C’EST QUOI UN TEST PROJECTIF ?

Les tests projectifs sont des outils d’évaluation utilisés par les psychologues cliniciens pour éclairer le fonctionnement psychoaffectif d’un sujet. Ils fournissent de précieux éclairages pour la compréhension d’une problématique psychologique, ensuite pour l’établissement du projet de soin ou d’accompagnement.

Par Guillaume Nguyen, psychologue à Pézenas

Si vous avez déjà aperçu dans des lectures ou des films d’énigmatiques tests avec des tâches d’encre, sachez qu’il s’agissait du test de Rorschach !

Loin d’être énigmatique, il s’agit d’un outil clinique très précieux utilisé par des milliers de psychologues, nécessitant une cotation rigoureuse, des repères statistiques et une formation solide en psychopathologie clinique.

Planches du tests de Rorschach

Dans la batterie des tests utilisés par les psychologues, le test de Rorschach fait partie d’une catégorie de tests psychologiques appelés tests projectifs qui, comme leur nom l’indique, s’appuient sur la projection.

Ils sont à distinguer d’autres catégories d’outils d’évaluation des psychologues (tests psychométriques, échelles d’évaluation, questionnaires…), ciblant eux spécifiquement la dimension psychoaffective.   

On trouve de nombreux autres tests projectifs comme le Thematic Apperception Test, le Children Apperception Test, le Patte-Noire, le test de Szondi, le scéno-Test…

Les psychologues cliniciens sont formés à ces outils durant leur formation universitaire et leurs stages. Certaines universités proposent par ailleurs d’approfondir cette pratique clinique très riche, notamment l’université Paris Descartes avec le célèbre D.U de Psychologie Projective dirigé par  le Pr Catherine Azoulay.

Quelques planches du T.A.T

Par projectif, on entend que la personne va produire ses réponses en projetant sur le matériel des éléments de sa vie psychique. Parmi eux, certains sont déterminants pour aider le psychologue à mieux comprendre comment la personne se perçoit, se vit, appréhende la relation, se soutient intérieurement…

Il s’agira par exemple de la nature et l’intensité de l’angoisse, du sentiment d’identité, des processus de défenses, des modalités d’investissement de la relation à l’autre

A quoi ça sert des tests projectifs ?

Proposés autant aux adultes qu’aux enfants, ces tests permettent ainsi d’apporter des éclairages sur le fonctionnement psychique d’une personne.

Ces éléments permettent de mieux identifier et mieux comprendre sa souffrance, repérer des fragilités, éclairer les symptômes, dégager des axes de soin et d’accompagnements.

Ces tests sont également précieux pour le patient (et la famille s’il s’agit d’un enfant) à qui le psychologue restitue des retours adaptés, lui permettant ainsi de mieux se connaître, d’interroger sa souffrance psychique, éventuellement de cheminer sur l’idée d’une démarche thérapeutique (psychothérapie, suivi en consultation familiale, guidance parentale, groupe de parole, groupe à médiation thérapeutique…).

Des tests pour les adultes et les enfants

Dans mon travail auprès des enfants et les adolescents, je me sers du Rorschach,  du Thematic Apperception Test (TAT) à partir de 8 ans, du Children Apperception test (CAT) pour les enfants de 3 à 8 ans. La figuration d’animaux et non d’humains au CAT permet de faciliter la projection chez les enfants.

Quelques planches du Children Apperception Test (C.A.T)

J’ai développé cette clinique projective durant ma formation universitaire en psychopathologie clinique puis dans les différentes unités de pédopsychiatrie dans lesquelles j’ai exercé.

Les médecins psychiatres et les équipes sollicitent en effet régulièrement ces tests pour affiner la compréhension de la problématique, éclaircir certains diagnostics, établir un projet de soin personnalisé au regard des besoins de l’enfant.

S’ils sont sollicités dans le cadre d’un bilan psychologique complet, les tests projectifs sont souvent associés à une passation d’épreuves psychométriques (notamment le WISC V pour les enfants et adolescents) qui, elles, renseignent sur le fonctionnement cognitif de l’enfant (QI, compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail, vitesse de traitement…).

Comment ça marche les tests projectifs ?

Après avoir rencontré la famille, pris connaissance de la situation, des difficultés, de l’anamnèse (histoire de l’enfant, étude de son développement, parcours de soin…), la passation peut commencer.

La consigne est la suivante : « qu’est-ce que ça pourrait être ? » (Rorschach) ou « imaginez une histoire à partir de ceci » (TAT, CAT).

La planche 1 du CAT

La durée de passation est très variable d’un sujet à l’autre, de quelques minutes à plusieurs dizaines de minutes pour un test. Le rorschach comporte dix planches, le CAT dix aussi et le TAT une quinzaine.

Le clinicien note scrupuleusement ce qui se passe face aux planches : les réponses bien sûr, mais aussi toutes les réactions non-verbales, les questions que l’enfant lui pose, les émotions, réactions corporelles, agitation, refus, remarques, les commentaires, digressions, silences etc…

Il procédera par la suite à un important travail de dépouillement, d’analyse et d’interprétation et de synthèse.

Contenu manifeste, contenu latent  

Chaque planche présente un contenu manifeste et un contenu latent.

Le contenu manifeste, c’est ce qu’on voit sur la planche. Par exemple, la planche 9 du CAT représente un petit lapin seul dans une chambre.

 

Le contenu latent c’est la thématique interne sur laquelle va être sollicitée la personne. 

Toujours en planche 9, l’enfant sera par exemple ici sollicité sur le sentiment de solitude. Cette planche sera ainsi privilégiée pour voir comment l’enfant fait face à ce ce vécu : comment se comporte-t-il ? le tolère t-il ? Appréhende t-il la planche sous un sentiment d’abandon ? de punition ? d’exclusion ? Quelle nature d’angoisse cela peut-il soulever et comment s’en défend-il ? Quelles ressort créatif ou quelles ressources intérieures va t-il solliciter ? 

Dans les test projectifs les réponses sont libres et spontanées. Il n’y a donc pas de « bonnes » de « mauvaises » réponses.

Le « comment est donnée la réponse » est aussi important que la réponse elle-même, souvent davantage même.

Un rire, un silence soudain, un brusque changement dans le récit, un refus de planche, une soudaine question posée au clinicien, pourront avoir une valeur clinique bien plus importante que ce qui est explicitement dit par le patient.

Il est important de comprendre que ce qui est analysé n’est pas telle ou telle réponse : c’est l’ensemble de la passation (y compris ce qu’il se passe entre la personne et le clinicien) à partir d’une cotation rigoureuse de très nombreux critères, articulée à l’examen clinique du premier entretien (signes, symptômes, histoire de la personne, souffrance exprimée, dessins de l’enfant…) et à la connaissance psychopathologique.

Le psychologue amène de la sorte une lecture plus claire de la problématique de la personne.

Après un travail de dépouillement et d’analyse, il restituera son travail à la famille lors d’un prochain rendez-vous, ainsi qu’à l’équipe ou au médecin s’il travaille dans une structure. En plus d’éclairer la problématique de l’enfant, il formulera des conseils et des perspectives de soin ou d’accompagnement.

Guillaume Nguyen

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